Yacht Class n°45 (juin-juillet-août 2026)
Au Yacht Club de Monaco (YCM), un voilier centenaire s’est élancé pour trois ans d’expédition au service de la mer, de la jeunesse et du dialogue entre les peuples.
Texte : Anaïs Riu – Photos : Anaïs Riu et Manuel Vitali – Direction de la Communication

Monaco, 4 mai 2026. Sur les quais du Yacht Club, l’effervescence monte doucement. Étudiants, scientifiques, marins et journalistes se mêlent dans une atmosphère à la fois studieuse et vibrante. À quelques mètres, le voilier Wiki, silhouette élégante née en 1920, s’apprête à écrire un nouveau chapitre de son histoire et peut-être, à sa manière, celle de la Méditerranée.

Un départ chargé de sens
À 15h45, le ruban tombe. Quelques minutes plus tard, à 16h00 précises, Wiki largue les amarres sous les regards tournés vers le large. Le geste est symbolique, presque solennel : celui d’un départ qui dépasse la simple navigation. Portée par le projet Help Save The Med, l’expédition s’annonce hors norme : trois ans en mer, plus de 40 000 kilomètres à parcourir, et une ambition claire : reconnecter les rives méditerranéennes autour d’un objectif commun. « La Méditerranée est en danger. Mais ce projet n’est pas seulement en faveur de l’environnement, c’est aussi pour la culture », explique Tom Woods, initiateur de l’aventure. « Il s’agit de créer une communauté d’intérêts entre les 24 pays et territoires qui la bordent. »

Naviguer de manière utile
À bord, l’équipage incarne cette vision plurielle : marins, scientifiques, réalisateurs et jeunes reporters composent une microsociété flottante tournée vers la transmission. Loin d’une régate, Woods insiste : « Ce n’est pas une course. On va parfois rencontrer des difficultés, mais l’idée c’est de créer du dialogue là où il n’y en a pas. » Le concept est simple, presque radical dans le monde du yachting : naviguer utile. Chaque escale devient un laboratoire d’échanges, mêlant recherches scientifiques, ateliers éducatifs et rencontres locales. « Naviguer, faire la fête, régater… c’est bien. Mais est-ce qu’on peut faire quelque chose de réellement utile ? » interroge-t-il. « Personnellement, je veux laisser une mer propre aux jeunes générations. »
La jeunesse au cœur du projet
L’expédition place la jeunesse au centre de sa trajectoire. Des dizaines de milliers d’élèves seront impliqués, physiquement ou à distance, dans un programme éducatif international. À Nice dès le 5 mai, puis à Port-Cros, en Corse et au-delà, les escales se transformeront en plateformes d’apprentissage et de sensibilisation. L’objectif : comprendre, documenter et transmettre. « Les jeunes sont moins intraitables que les adultes. Nous, nous n’avons pas réussi, alors donnons-leur les moyens de faire mieux », poursuit Woods.

Monaco, port d’attache d’une ambition commune
Si Monaco a été choisi comme point de départ, ce n’est pas un hasard. « Bernard d’Alessandri m’a dit un jour : le yachting doit changer. J’ai tout de suite écouté », confie Woods. Soutenu par le Yacht Club de Monaco, présidé par le Prince Albert II, le projet trouve dans la Principauté un écho naturel. « C’est un lieu qui comprend la mer, qui la protège, et où l’on partage des valeurs de continuité et d’engagement. »
Une dynamique collective
Autour de Wiki gravite un réseau d’acteurs engagés : organisations environnementales, institutions scientifiques, partenaires culturels et médias internationaux. Tous participent à faire de cette expédition une plateforme collaborative au service de la Méditerranée. De la lutte contre les espèces invasives à la valorisation des déchets plastiques, en passant par l’observation des cétacés, les actions seront multiples, ancrées dans les réalités locales.

Prendre le large, autrement
Alors que le voilier disparaît peu à peu à l’horizon, une conviction demeure sur le quai monégasque : le yachting peut être autre chose qu’un art de vivre. Il peut devenir un outil. Un vecteur de transmission. Un pont entre les cultures. Et peut-être, comme l’espère Tom Woods, « une manière de montrer que dans un monde inquiet et fragmenté, il est encore possible d’avancer ensemble ».













