Présentation
Yacht Class n°45 (juin-juillet-août 2026)
Cantieri Capelli
Avec des qualités de réalisation et de finition exemplaires, une navigabilité sans fausse note et un confort de Gran Turismo, le chantier Capelli signe là une œuvre qui pourrait devenir un classique dans le monde du semi-rigide. Essai, dans les eaux calmes de Gênes, d’une unité aux airs de violon légendaire.
Texte : Nicolas Massines – Photos : DR et l’auteur
Les amateurs de musique classique, et plus particulièrement de violon, connaissent le nom de la ville de Crémone, située en Lombardie au nord de l’Italie, car c’est là que le plus célèbre luthier du monde, Antonio Stradivari (1644-1737), a fabriqué les chefs-d’œuvre d’artisanat appelés Stradivarius. Mais en ce qui nous concerne, Crémone est aussi, depuis 1974, le berceau du chantier Capelli, fabricant de bateaux à coques dures et semi-rigides. Le Stradivari 52 mis à l’eau lors du salon de Gênes en septembre dernier, est une évolution des modèles antérieurs, doté, entre nombreux autres atouts, d’un nouveau plan de pont. Une fois à bord via les plateformes arrière ou la pointe avant, la première sensation frappante est la similitude visuelle avec l’instrument de musique : livets arrondis, étrave douce comprenant des rappels aux ouïes en F d’un violon, plan de pont quasiment plat, hard-top aux courbures évasées… On ressent immédiatement la réflexion et le travail minutieux dans le dessin du bateau.
La simplicité et le raffinement captent le regard
Le tableau arrière est équipé de quatre Yamaha 450 XTO en V8, peints de la même couleur que le bateau. Une fois les portillons de sécurité passés, des assises profondes et de dimensions généreuses vous transportent dans un salon haut de gamme. Mais la surprise vient de la table en teck soutenue par une colonne en acier inoxydable. Son ouverture se fait dans le plus pur style origami. Le hard-top en infusion retient l’attention avec sa partie arrière rappelant la courbure d’un violon. Un autre détail – qui n’en est pas un – se trouve dans les trois mains courantes en bois pleine largeur, discrètement placées au plafond de celui-ci. Trois assises bolster placées face à la console permettent de suivre la navigation. Leur cuir surpiqué siglé Stradivari et leur texture délicate nous plongent dans un univers automobile très haut de gamme. Une fois à la proue, la simplicité et le raffinement du contraste pont en teck / sellerie du bain de soleil captent le regard et les mains ne peuvent s’empêcher de caresser les surfaces. Le cuir ne chauffe pas malgré un soleil d’été italien au zénith. Allongé, la sensation sur le solarium est celle que l’on retrouverait dans un cocon de 195 cm x 165 cm. La vision y est panoramique, aucunement troublée par la présence de taquets ou autres saisines. Le pont inférieur, accessible frontalement via le poste de barre, accueille quatre personnes dans une cabine master et une cabine twin séparée sur l’arrière. Une première pour Capelli. À l’image du raffinement extérieur, la résine acrylique Fenix gris côtoie les tons de cuir, ceux de l’Alcantara clair et de l’érable marbré, rappel visuel subtil aux violons. Pour ceux qui n’auraient pas bien saisi la nuance, des lignes rétro-éclairées pleine hauteur, quatre comme les cordes de l’instrument, ornent l’entrée de la cloison de la master en guise de référence. Et puis encore un écho à la musicalité dont le Capelli s’inspire, une fois entrés dans la master : le lit principal reprend les formes de l’instrument à cordes grâce à un pourtour tout en courbes douces.
Une signature acoustique rauque cohérente avec la puissance et l’élégance de l’ensemble
Avant de larguer les amarres, offrons-nous un petit plaisir auditif avec la mise en marche des quatre Yamaha XTO 450 V8. Un par un, ils émettent un son sec et caractéristique de la sportivité de leur bloc moteur. Seize personnes occupent le pont, ce qui peut sembler beaucoup mais chacun y trouve une place très naturellement. Les performances, nous le verrons, ne seront pas laissées pour compte. Un dernier coup d’œil sur la centrale de navigation de la console, ou plutôt des deux consoles, puisque la plus petite située à bâbord accueille un écran Raymarine 12 pouces dédié à la navigation. Celle de barre située sur tribord, est plus vaste, disposant de 2 écrans de 16 pouces. Comme sur le reste du bateau, la qualité des finitions et des matériaux employés pour le poste de barre séduit. À l’exemple de l’agencement des repose-pieds en teck, des mains courantes en cuir ou encore de la sellerie tout en courbes. Le pilote est placé au centre et le copilote à sa droite, tous deux protégés par un pare-brise fumé légèrement séparé du hard-top. Le joystick et le propulseur d’étrave assurent des manœuvres au cordeau d’une grande simplicité. Le plan d’eau est calme, le vent est faible, et la navigation à mi-régime, une fois le déjaugeage atteint à 20 nœuds, est d’un équilibre absolu. La partition du confort est extrêmement bien jouée, le plaisir à la barre ne subit pas de fausse note. Afin de faire ressembler le plus possible les sensations de navigation à celles d’un Gran Turismo, le chantier a décidé de supprimer les steps avec un résultat probant. En montant dans les tours et en se positionnant à une allure de croisière rapide de 29 nœuds, la sensation est toujours aussi plaisante. Les flotteurs du Stradivari 52, placés assez haut sur l’eau, lui permettent aussi de jouer la carte de la performance et de la sérénité lorsque les virages s’enchaînent. Aucune contre-gîte n’est relevée et il est possible de se faire plaisir en barrant de manière plus sportive grâce à la précision de barre et à la réactivité des moteurs. La vitesse de pointe est relevée à presque 48 nœuds tout de même, malgré les contraintes de poids, avec une sonorité des V8 très expressive et accordée à la montée en régime. Une signature acoustique rauque, cohérente avec la puissance et l’élégance de l’ensemble. Si l’essai aurait mérité une mer un peu plus formée, quelques sillages assez marqués, rencontrés au passage de grosses unités, ont permis de se faire une idée positive de la capacité de la coque à bien passer dans un clapot croisé. Pas de fausse note donc côté navigation et, que ce soit au ponton, à mi ou plein-régime, le Stradivari 52 s’adapte et distille encore et toujours ces notes de luxe, de confort et de technicité de réalisation qui en font un instrument vraiment à part dans le monde des semi-rigides.
Fiche technique













