Yacht Class n°44 (Mars-Avril-mai 2026)

Les Explorations de Monaco ont bouclé la première étape de leur cycle Missions Méditerranée (2025-2030). Partie de la Principauté le 25 septembre dernier, cette expédition de quarante jours à bord d’un catamaran hybride a conjugué recherches scientifiques, diplomatie environnementale et sensibilisation. Retour sur une mission fondatrice.

Texte : Anaïs Riu – Photos : Les Explorations de Monaco / Maéva Bardy

La Méditerranée fait face à des mutations profondes. Réchauffement des eaux, espèces invasives, pollution microplastique : autant de défis exigeant une réponse coordonnée. « Accompagner les initiatives, fédérer les acteurs, rassembler les moyens, expliquer, agir sur le terrain, contribuer à la diffusion des connaissances » : le chef de mission, Xavier Prache, résume une approche où médiation, science et action convergent vers un objectif commun.

Le MODX 70-01, vitrine de la transition écologique maritime

Ce catamaran à propulsion vélique et électrique incarne la nouvelle génération d’outils d’exploration. Équipé d’ailes gonflables Aeroforce®, de panneaux photovoltaïques, d’hydrogénérateurs et construit avec des matériaux recyclables, il illustre une navigation sobre et silencieuse, parfaitement adaptée aux suivis environnementaux côtiers. Durant quarante jours, il a sillonné les eaux grecques – Athènes, Alonissos, Volos, Syros – avec à son bord une trentaine de chercheurs, médiateurs et artistes déployant huit programmes de recherche sur la connectivité des milieux, les espèces invasives et la pollution. 

Des résultats scientifiques encourageants

Les forêts de Cystoseira ont révélé une dégradation généralisée, sauf à Piperi, au cœur de l’Aire Marine Protégée d’Alonissos. « La protection porte ses fruits », constate l’équipe MAR4PAST. Le programme EXOFISH-MED a identifié sept espèces exotiques arrivées via le canal de Suez. Les deux flotteurs BGC-Argo déployés en mer Ionienne surveillent désormais la colonne d’eau jusqu’à 2 000 mètres de profondeur.Les études sur les microplastiques, l’analyse du plancton et la collecte de données via Sailing Box complètent une moisson riche. Plus d’une centaine d’échantillons enrichissent la connaissance des écosystèmes méditerranéens, rappelant que 80 % des fonds restent à explorer.

Une rencontre exceptionnelle avec le phoque moine

Le 9 octobre 2025, le Prince Albert II a rejoint Alonissos à bord du MODX 70-01. Longeant les grottes de Skopelos, il a observé à distance une femelle phoque moine et son petit. Un moment rare illustrant la fragilité de cette espèce emblématique. À terre, le Souverain a retrouvé les équipes du Parc National Marin, chercheurs, associations et pêcheurs engagés dans la protection marine. Les échanges ont porté sur les défis climatiques et le renforcement du dialogue entre Monaco et la Grèce. « Bâtir une Méditerranée de la connaissance et de l’action » : cette visite a confirmé une vision commune où la diplomatie environnementale devient un levier concret.

La médiation scientifique au cœur du projet

Mais l’excellence scientifique ne suffit pas sans transmission. La mission a déployé un programme éducatif ambitieux visant à « mettre la science au service du public et mobiliser les jeunes générations ». L’exposition « Le Temps de l’Action – Les Aires Marines Protégées de Méditerranée », inaugurée le 3 octobre à Athènes, a lancé les actions de sensibilisation. Les escales ont permis d’organiser des ateliers pédagogiques réunissant des centaines d’élèves. Les programmes Eau Vivante et Mer Méditerranée ont offert une immersion dans les écosystèmes marins. À Alonissos, un atelier a réuni pêcheurs, gardes et associations, illustrant l’importance d’une gestion collective. À Volos, les démonstrations technologiques – drones, capteurs, modélisation – ont initié étudiants et gestionnaires aux nouvelles méthodes d’observation. La start-up niçoise Cosma y a cartographié les fonds du golfe Pagasétique avec son drone sous-marin.

Cap sur l’avenir méditerranéen

La Mission Grèce 2025 pose les fondations d’un cycle tourné vers l’innovation et la coopération. En fournissant des outils de suivi écologique et en partageant des méthodologies éprouvées, elle renforce concrètement la gouvernance des Aires Marines Protégées. Observer pour comprendre, partager pour sensibiliser, convaincre par l’action : une première étape réussie qui augure d’une décennie décisive pour cette mer qui nous relie tous.

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