Yacht Class n°44 (Mars-Avril-mai 2026)

Le Yacht Club de Monaco a réuni l’élite du secteur pour anticiper les mutations d’une industrie à 54 milliards d’euros face aux impératifs de durabilité.

Texte : Anaïs Riu – Photos : YCM / Direction de la Communication – Stéphane Danna

Les lambris feutrés du Yacht Club de Monaco résonnent encore des échanges nourris de son 18eSymposium Économique – La Belle Classe Superyachts. Le jeudi 5 février, près d’une centaine d’acteurs majeurs du yachting international se sont retrouvés pour un dîner-débat organisé en collaboration avec UBS, tous animés par une même question : comment transformer les contraintes environnementales en opportunités économiques ? Entre analyses macroéconomiques et projets d’avant-garde, la soirée a dessiné les contours d’un yachting réinventé et inscrit dans la démarche stratégique « Monaco, Capital of Advanced Yachting ».

Un marché solide en pleine recomposition

Avec 6 200 superyachts de plus de 30 mètres en activité, l’industrie affiche une santé éclatante. Francesca Webster, rédactrice en chef de SuperYacht Times, nuance toutefois ce tableau : « À la fin de l’année, le volume des transactions a dépassé les niveaux de 2024, le total des ventes et le tonnage brut global ont été nettement supérieurs à ceux des années précédentes », après un premier semestre hésitant marqué par l’incertitude géopolitique. Au-delà des volumes, c’est la nature du marché qui évolue : cycles de décision plus longs, projets plus complexes, intégration de critères environnementaux dès la conception. « Nous constatons une prise de conscience croissante de la part des propriétaires. La durabilité des navires devient un facteur clé », souligne-t-elle. Le marché évolue vers des projets de grande envergure, particulièrement au-delà de 80 mètres, tandis que le refit confirme son poids stratégique avec un impact de 5,6 milliards d’euros. « 71 % de ce montant provient d’activités indirectes », précise Webster, soulignant l’effet d’entraînement sur les économies locales.

Les « 5D » redessinent l’horizon économique

Maximilian Kunkel, directeur des investissements chez UBS, structure sa lecture prospective autour de cinq dynamiques majeures : démographie, démondialisation, décarbonation, digitalisation et dette. « Notre façon de travailler, notre lieu de travail, notre activité professionnelle, notre mode de consommation, tout cela est en train de changer », expose-t-il. Ces forces conjuguées créent tensions et opportunités, où les gains de productivité peuvent compenser les freins à la croissance.

De la contrainte naît l’innovation

L’horizon 2035 s’inscrit désormais dans les arbitrages immédiats. Le Dr Nathalie Hilmi frappe fort : « La réglementation environnementale n’est plus une préoccupation future. Elle est désormais un moteur économique structurel. Les émissions ne sont plus un coût externe. Elles deviennent un passif financier qui affecte directement les marges d’exploitation. » Dans une industrie où la construction neuve représente 20 milliards d’euros, l’adaptation aux normes devient stratégique. Txema Rubio de MB92 Group confirme : « En 2035, le yachting sera autant façonné par la manière dont nous moderniserons la flotte existante que par ce que nous construirons ensuite. » Marnix Hoekstra de Vripack illustre cette transformation par Project Zero, monocoque zéro émission alliant énergie thermique, solaire et vélique. « Je pense que la durabilité est le plus grand défi de notre génération en matière de conception », affirme-t-il, avant de détailler ce projet visionnaire où « tout ce qui est chaud provient de notre système thermique, tout ce qui nécessite de l’électricité provient de notre batterie. »

L’union fait la force

Bernard d’Alessandri, directeur du YCM, rappelle l’esprit qui anime cette démarche : « Le yachting s’inscrit dans un écosystème économique, environnemental et humain qui appelle une vision collective et de long terme. Ce symposium constitue une plateforme unique où l’ensemble des acteurs de la chaîne peuvent se retrouver, échanger et faire évoluer le secteur ensemble. » Un message repris par Christophe Madrolle, conseiller régional Provence-Alpes-Côte d’Azur : « L’ensemble des normes nous permettent de construire une nouvelle stratégie. Seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin. »  Cette dynamique se prolongera lors du Monaco, Capital of Advanced Yachting Rendezvous (21-24 mars), qui ouvrira sur un salon des métiers destiné aux nouvelles générations. Car c’est bien d’avenir et de transmission qu’il s’agit.

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