Yacht Class n°26 (sept-oct-nov 2021)

Après l’inauguration officielle de Cala del Forte, nous sommes allés à la rencontre d’Aleco Keusseoglou. L’occasion de faire le point sur cette nouvelle infrastructure tant attendue. Le président de la Société d’Exploitation des Ports de Monaco (SEPM) s’est aussi confié sur les ambitions et les projets de la Principauté.

Propos recueillis par Jean-Marc Moreno – Photos : Eric Mathon / Palais Princier.

La création d’un port de l’importance de Cala Del Forte représente incontestablement un tour de force. Pouvez-vous nous rappeler les moments clefs de ce projet ?

Ce fut effectivement un « tour de force » ! Nous avons, dans une première étape, dès le rachat de la Société « Cala del Forte », fait procéder à une mise à niveau technique de la digue du large notamment, pour arriver au « standard » monégasque. Nous avons ensuite demandé une variante, consistant essentiellement à réduire le nombre de places de port à 178 mais avec une quarantaine de postes d’amarrage de plus de 35 m pour mieux « coller » à la réalité des demandes qui restent régulièrement en souffrance dans les ports monégasques. Nous avons profité de l’occasion pour modifier l’implantation de la capitainerie et optimiser les zones commerciales et les parkings. Cela a demandé sur le plan administratif vis-à-vis des autorités italiennes, une débauche d’énergie et il nous a fallu neuf mois pour l’obtenir, générant ainsi des retards dans l’exécution des travaux concernés par cette variante. La péripétie la plus lourde à gérer a toutefois été le confinement lié à la pandémie qui a retardé la bonne marche du chantier. Malgré cela et grâce à la bienveillance de la Région Ligure et de son Président M.Toti, nous avons pu continuer à travailler, même si c’était en mode dégradé, limitant ainsi le retard global dans la livraison.

Cala Del Forte serait, de source sûre, un port qui présente bien des avantages pour les armateurs. Quels sont-ils ?

Cala del Forte constitue désormais « pleinement » le troisième maillon des ports de Monaco. Ce port fonctionnera avec les mêmes standards que ceux de la Principauté et avec une sécurité particulièrement renforcée. Situé idéalement à moins de huit milles nautiques il sera relié à Monaco en moins de dix minutes grâce à la navette rapide Monaco One. Prenant racine au pied de la vieille ville et relié à celle-ci par un ascenseur de liaison que nous avons financé et réalisé, il bénéficie d’un environnement particulièrement agréable, d’autant que toutes les commodités, avec près d’une quarantaine de commerces, un chantier naval, un distributeur de carburant et 550 places parking dont la majeure partie couvertes, sont présentes dans le périmètre portuaire.

En matière de remplissage, le port a-t-il atteint son objectif ou à la date de son ouverture, au début de cet été, existe-il encore des anneaux disponibles ?

Après une première période de rodage hivernale, le port commence à se remplir et les réservations vont bon train, il reste néanmoins encore des places disponibles. Je rappelle que 49 places ont d’ores et déjà trouvé preneur en « droit d’usage ». Cela dit, il faut que Cala del Forte se fasse encore connaître, et nous nous y employons activement. Nous avons notamment déjà mis en œuvre une forte synergie avec les ports de la Principauté pour améliorer encore son taux de remplissage.

La seule navette One sera-t-elle suffisante pour le transfert des propriétaires d’un emplacement à Cala Del Forte lorsque la fréquentation sera à son maximum ?

Pour l’instant, et parce que nous n’avons pas encore assez de visibilité sur sa potentielle fréquentation, nous nous en tenons à un seul bateau dont la rotation aller / retour ne dépassera pas la demi-heure. Nous ferons un point, à la fin de la saison estivale 2022 pour voir s’il est nécessaire d’étoffer notre flotte de liaison.

Toutes les boutiques de la galerie commerciale ont-elles trouvé preneurs ?

Oui, et une dizaine d’entre elles sont livrées ou en passe de l’être. Nous avons pour objectif une ouverture de tous les commerces pour la fin de l’année.

Après l’inauguration officielle, comment imaginez-vous la suite des « événements » pour ce troisième port monégasque ?

Comme je vous l’indiquais précédemment, l’objectif premier est de faire connaître ce port, et de le faire monter en puissance au plus vite. Je compte sur l’action publicitaire mais aussi aux vertus du bouche à oreille. J’ai mis l’accent aussi sur un achèvement complet et rapide (finitions, commerces, espaces verts…) pour rendre attractif ce port dès cette saison.

Pouvez-vous nous parler de la stratégie d’acquisition de ports en dehors de nos frontières ? De ceux très proches géographiquement ou plus lointains, comme Rome ?

Il y a effectivement une stratégie bicéphale dans nos objectifs. D’une part, celle d’ajouter des maillons supplémentaires à notre stratégie de proximité pour continuer à créer une puissante synergie entre les ports de Monaco intra-muros et ceux situés dans un rayon de moins de quinze miles nautiques. D’autre part, il s’agit pour des marinas plus lointaines de faire connaître notre savoir-faire à l’international, et par voie de conséquence, d’attirer dans les ports de Monaco et de ses proches satellites, des armateurs qui ne connaîtraient pas ou mal nos infrastructures « historiques ». Dans le premier cas, on pourrait citer tout d’abord le port de Cap d’Ail, dans lequel nous avons effectivement pris des parts dans la société qui détient la concession actuelle. Ce port présente, à l’évidence, un intérêt stratégique majeur de par sa proximité géographique avec Monaco. Notre implication consiste en une vue à moyen terme, puisque la concession actuelle se termine fin 2027, et la bonne connaissance que nous aurons acquise en plus de six ans, nous permettra, je le pense, de répondre de la façon la plus pertinente possible à l’appel d’offres qui sera lancé par la Métropole Nice Côte d’Azur. Je voudrais évoquer également la possibilité, avec un opérateur local connu et reconnu, de candidater pour le remodelage et la réhabilitation du vieux port de San Remo. Des discussions ont lieu depuis plusieurs mois avec la mairie de cette cité, et nous avons rencontré une écoute attentive et bienveillante de la part des autorités locales et régionales. Ce port, situé au cœur de la cité, serait, une fois réhabilité et modernisé doté d’une liaison piétonnière avec le cœur de la ville, et deviendra un véritable bijou de la Ligurie tout en constituant un maillon complémentaire au « Monaco Marinas group » que nous avons commencé à bâtir. Dans le second cas, celui de ports plus lointains, nous avons d’ores et déjà un dossier concret, celui de Civitavecchia qui est en fait le véritable port de Rome. Il est situé au pied de fortifications romaines mais à portée de fusil de la capitale, que ce soit par train rapide ou l’autoroute, sans compter la présence de l’aéroport de Fiumicino à moins de trente minutes. Ces commodités sont toujours appréciées des armateurs. Son atout est un alliage entre histoire et modernité. Sur ce dossier, nous avons créé une société avec un opérateur local il y a plus de six ans, et après bien des péripéties administratives, nous avons remporté l’appel d’offres, racheté la concession, et avons bon espoir que les travaux de réhabilitation et modernisation puissent débuter dans un délai raisonnable de douze à dix-huit mois. Enfin, nous assurons en permanence une veille stratégique, et sommes à l’affût de toute opportunité intéressante qui se présenterait en Méditerranée, afin de l’étudier attentivement. Vous vous en doutez, ce programme ambitieux implique un investissement humain conséquent qui nécessitera, vraisemblablement, à terme, un renforcement de nos équipes à l’international.

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