Yacht Class n°12 (mars-avril-mai 2018)

Yacht Club de Monaco


En février, le plan d’eau de la Principauté a accueilli sa traditionnelle Primo Cup – Trophée Crédit Suisse. Depuis 1985, date de sa toute première édition, le succès de cette compétition de monotypes, la plus ancienne organisée par le Yacht Club de Monaco, ne s’est jamais démenti. Elle réunit chaque année l’élite européenne de la discipline.

Texte : Aurore Teodoro – Photos : Carlo Borlenghi et Stefano Gattini / Yacht Club de Monaco

On aurait pu croire que la Primo Cup se dénommait ainsi parce qu’elle donne chaque année le coup d’envoi de la saison des régates. Et pourtant ! « Tout le monde pense primo comme la première (compétition) de l’année », confirme Thierry Leret, directeur de course et l’un des membres emblématiques de l’équipe du Yacht Club de Monaco (YCM). En fait, « la Primo Cup était une extrapolation d’une compétition qui s’appelait « Voiles en février », une épreuve de course, non pas de monotypes mais de bateaux de croisière. Ça s’est appelé Primo, parce qu’un des partenaires était un pharmacien de Monaco qui s’appelait Primo. Il fut le premier à soutenir cette épreuve, à qui on a donc donné son nom ». Le Trophée Crédit Suisse est, lui, venu s’y greffer il y a déjà quelques années, devenant un partenaire institutionnel du YCM.

Depuis 34 ans, le succès ne s’est jamais démenti pour cette compétition qui est aujourd’hui la plus ancienne épreuve de voile organisée par l’institution monégasque. Pour la plus grande satisfaction d’ailleurs de son Secrétaire Général, Bernard d’Alessandri : « c’est incroyable de constater que cette régate n’a pas pris une ride, qu’elle continue de séduire la nouvelle génération de régatiers, en témoigne la présence de cinq équipages corinthiens (amateurs) parmi les 10 premiers en J/70, série qui réunissait une quarantaine d’unités ».

5 classes, 80 unités, 12 nationalités

Pour l’édition 2018, ils étaient près de 500 régatiers et de 80 unités à avoir fait le déplacement des quatre coins de l’Europe et du Brésil. Douze nationalités au total pour ce week-end de compétition qui rassemblait cette année cinq classes : J/70, Melges 20, Star, Smeralda 888 et enfin Longtze Premier qui faisait son retour en Principauté après quatre ans d’absence. Un beau mélange d’unités modernes et classiques qui « correspondent aux valeurs du club », explique Paolo Ghione, directeur de la section sportive du Yacht Club de Monaco et responsable de la compétition. « Pour les J/70, le président de la classe est membre du club et notre flotte est la 5e mondiale avec 45 membres… Nous avons été précurseurs en lançant cette série à Monaco. Le Smeralda est une série dans laquelle le club croit beaucoup et s’investit, qui nous permet aussi d’avoir des rapports avec les clubs jumelés dans le monde entier. Le Melges 20 est la 2e série au monde en termes de bateaux vendus dans le monde et l’un de nos membres, Ludovico Fassitelli, est là pour gagner le championnat. Quant aux Longtze Premier, c’est un club suisse qui nous a demandé de reprendre cette série qui marche bien en Suisse et en Allemagne, mais est un peu oubliée en France. Enfin la Star, qui était un bateau olympique, n’est pas forcément une unité innovante, mais c’est la coque classique de la monotypie ». Et la monotypie, c’est l’essence même de cette compétition, l’une des plus importantes de cette catégorie à l’échelle européenne. « Chaque série a son bateau. Ce sont les mêmes pour tout le monde, ce qui nous permet donc de parler d’aspect sportif, de la qualité de la régate, de la tactique, de la technique, de la vitesse… C’est important pour nous et les coureurs l’apprécient aussi », précise Paolo Ghione.

Les caprices d’Eole

Rendez-vous était donné dès le jeudi pour le grutage et les premières régates d’entraînement. L’occasion pour les non-initiés de se familiariser avec le plan d’eau de la Principauté, avant le début des choses sérieuses. D’autant que le plateau de cette 34e édition promettait des rencontres accrochées puisque que l’on y retrouvait des grands noms de la voile : Paul Goodison, médaillé d’or en Laser aux Jeux Olympiques de 2008, Christian Nehammer, qui était également présent à Pékin, le champion du monde italien Roberto Benamati, ou encore les sociétaires de l’institution monégasque, Nico Poons et Vincenzo Onorato, tous deux également champions du monde, respectivement en série RC44 et ORC… Malheureusement, Éole en avait décidé autrement puisque le vent était aux abonnés absents en ce vendredi. Et ce malgré tous les efforts du directeur de course. « On a cherché le vent. On a fait sortir les bateaux, parce qu’à un moment on en avait un peu. Comme dit le dicton : « Qui trop écoute la météo reste au bistro ». Je préfère aller en mer, faire sortir les concurrents, et s’il y a du vent en profiter plutôt que de les faire attendre au port. » Heureusement la deuxième journée devait s’avérer plus clémente, puisque soleil et vent étaient bien de la partie. Et dès le milieu de matinée, les 80 voiliers s’octroyaient le plan d’eau de la Principauté, pour le plus grand bonheur des régatiers mais aussi de l’organisation, qui avait mobilisé plus de 70 personnes au sein du Yacht Club. « On a eu des conditions magnifiques. Du grand soleil, un vent de Sud-Ouest soutenu jusqu’à huit nœuds permettant à tous les coureurs de s’en donner à cœur joie puisqu’on a fait quatre manches sur la seule journée d’aujourd’hui », explique Thierry Leret, également président du comité de course. Et déjà les tendances commençaient à se dessiner, même si en voile, comme dans de nombreuses disciplines, rien n’est jamais gravé dans le marbre.

Logique respectée

La belle journée du dimanche devait, dans l’ensemble, venir confirmer les performances entrevues la veille. Notamment pour la série phare du Yacht Club. Avec une vingtaine de J/70 membres du club sur les 41 en présence, les Monégasques avaient à cœur de briller sur un support qu’ils connaissent bien et qui fait la fierté du club. Au fil des huit manches, trois bateaux ont creusé l’écart pour finalement s’imposer sur le podium : les Suisses de CDE.CH, barré par Guillaume Girod, le sociétaire du club Vincenzo Onorato (Mascalzone Latino), auteur d’une superbe remontée lors du dernier jour et enfin les Brésiliens de Mandachuva, vainqueurs de l’édition 2017. Chez les Smeralda 888, une série presque exclusivement composée d’équipages monégasques, Timofey Sukhotin (Beda) conserve sans surprise sa couronne, suivi par le président de la classe, Charles de Bourbon des Deux-Siciles à égalité de points avec Marco Favale. Du côté des Longtze Premier, cette unité très vive aux voiles très colorées, c’est finalement le Suisse Steffen Schneider qui s’est imposé tandis qu’en Star, le duel serré entre Christian Nehammer et Roberto Benamati, s’est finalement soldé par la victoire de ce dernier. Notons enfin que pour la flotte des Melges 20, ce rendez-vous avait un double enjeu puisqu’il faisait également office de dernier acte pour les Monaco Sportboats Winter Series, la série de régates hivernales du Yacht Club de Monaco. A l’issue des quatre actes et des 28 manches disputées, la victoire finale est revenue à l’équipage russe Alex Team, qui a remporté également cette 34e Primo Cup. Ils ont coiffé au poteau le local de l’étape et seul représentant monégasque, Ludovico Fassitelli (Junda) qui a terminé deuxième de la saison et quatrième de ce week-end.

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