YACHT CLASS N°31 (DECEMBRE 2022 / JANVIER – FEVRIER 2023)

Du 14 au 22 octobre dernier, la Principauté a accueilli, pour la toute première fois, le championnat du monde de J/70. Malgré l’absence de vent, les régates accrochées, qui ont mis aux prises l’élite de la discipline, ont vu la victoire des Suisses de Découvertes Geomod.

Par Aurore Teodoro – Photos : Mesi , Simone Spada et Studio Borlenghi / Yacht Club de Monaco

La dernière fois que Monaco avait accueilli un championnat du monde de voile, c’était en 1976 avec la classe Vaurien. Depuis, bon nombre d’événements et de compétitions internationales d’envergure ont animé le plan d’eau de la Principauté. Et pourtant, cette manifestation-là avait une saveur spéciale. A plus d’un titre. Initialement prévue en 2021 et reportée d’un an à cause de la pandémie, ce championnat du monde de J/70 vient consacrer l’investissement de la Principauté et du Yacht Club de Monaco (YCM), qui a fait de cette classe de monotypes de 6,93 mètres – la plus distribuée au monde – l’une de ses séries phare. « Historiquement, nous avions des J/24, pour lesquels nous avons d’ailleurs organisé des championnats d’Europe (en 1993 et 2013). Mais comme toutes les séries, celle-ci est arrivée un jour en fin de vie. Nous avons mené une étude des bateaux disponibles sur le marché. On a regardé la quantité d’unités produites, le potentiel pour régater, l’enjeu sportif parce qu’il faut quand même avoir un bateau sur lequel on s’amuse, et les J/70 sont ressortis. Sur notre flotte monégasque, beaucoup sont des anciens du J/24… Il y a une vraie histoire avec les J/70. C’est une classe qui est active et qui a encore de belles années devant elle », rappelle Olivier Campana, directeur général adjoint du YCM et président de la Monaco J/70 Class Association, qui compte aujourd’hui la plus grande flotte de Méditerranée.

Un plateau en or

Attendu avec impatience, cet événement majeur aura nécessité une importante logistique du côté du club monégasque. Outre l’équipe de 3-4 personnes qui a œuvré pendant deux ans pour mettre en place la direction de course, la logistique, la communication et le back office, le tout en collaboration avec la classe internationale des J/70 bien sûr, et les nombreux services impliqués dans les trois mois précédant l’événement, on comptait une centaine de personnes présentes sur les quais lors de la compétition: « toute la section sportive, la marina, la régie, la communication, le jury international, la classe internationale, l’équipe de jauge, et les bénévoles. Sans oublier les institutions d’État : la police maritime, les carabiniers, les affaires maritimes… », rappelle Fanny Brouchoud, chef de projet de l’événement. De quoi assurer un accueil de qualité aux plus de 400 marins, venus de 23 nations, qui ont fait le déplacement en Principauté. Parmi eux, on retrouvait une cinquantaine de navigateurs de renom. A l’image de Torben Grael, une légende de la voile puisque le triple finaliste de l’America’s Cup compte à son actif pas moins de cinq médailles olympiques et neuf titres de champion du monde. L’Australien Will Ryan, double médaillé olympique en 470, avait également fait le déplacement, tout comme le navigateur offshore Bernard Mallaret, la Danoise Anne-Marie Rindom, tout juste revenue de Houston où elle a remporté le championnat du Monde de Laser ou encore la championne olympique 2016 de 470, Saskia Clark, embarquée sur le bateau 100% féminin du YCM. Bon nombre de champions du monde de J/70 des années précédentes étaient également présents : Luis Bugallo, Jud Smith ou encore Paul Ward.… Un plateau exceptionnel donc, gage de rencontres accrochées. D’autant plus que ce championnat étant limité à 90 bateaux, chaque pays a procédé, en amont, à des sélections. Un quota mis en place pour « avoir un plateau de qualité, avec des gens d’un certain niveau, mais aussi pouvoir leur réserver un accueil optimal. C’est le format maximum pour ne faire qu’une seule flotte. Au-delà, on aurait dû la scinder en deux, ce qu’on ne voulait pas pour des raisons d’équité », explique Fanny Brouchoud. La chef de projet rappelle ainsi qu’avec 90 bateaux, la ligne de départ s’étale sur environ 800 mètres, pour un parcours de 1,4 à 1,8 milles nautiques (2,6 km et 3,4 km), « soit presque le double de ce que l’on fait au Winter Series ». Notons qu’à Monaco aussi, les neuf bateaux engagés sont passés par des phases sélections. « Sur les neuf, il y avait les six premiers des Winter Series. Nous avions également deux wild cards en notre qualité de pays organisateur, qui ont été attribuées à l’équipage 100 % féminin « Pink Wave » d’Anne Rodelato, et à celui du vice-président du YCM, Pierre Casiraghi. Plus une qualification directe par rapport à des résultats internationaux« , souligne Olivier Campana. Aux côtés des favoris Ludovico Fassitelli (Junda), médaillé de bronze au dernier championnat d’Europe dans la catégorie Corinthien, et Loïc Pompée (Sailing Racing Team), 5e du championnat d’Europe 2021, on retrouvait notamment Pierrik Devic (Leonteq), Giangiacomo Serena di Lapigio (G-Spot) ou encore Cesare Gabasio (TinnJ70).

Le changement climatique en première ligne

Après 3 jours de grutage et de vérification de jauge – sur le circuit du Grand Prix de F1, excusez du peu ! – et quelques bords d’entraînement, les participants ont malheureusement été bloqués à terre durant la majeure partie du championnat. « Le réchauffement climatique est ce qu’il est, nous avons aussi ces phénomènes-là. Avec l’anticyclone qui était remonté, nous avions des phénomènes de pressions assez fortes qui empêchaient le vent de se mettre en mouvement. Ça l’a bloqué, d’autant qu’il faisait très lourd. Et ensuite le courant thermique, donc local, n’arrivait pas à se mettre en place parce que l’eau était à peu près entre 20 et 22 degrés, ce qui correspondait à l’air ambiant. Comme il n’y avait pas d’échange de températures entre l’eau et la terre, les conditions de vent étaient difficiles à mettre en mouvement », décrypte Thierry Leret, le directeur de course du Yacht Club de Monaco. Et pourtant, ce souffle, la direction de course l’a cherché. Inlassablement, tous les jours, elle partait en mer pour essayer de trouver la moindre risée avant de revenir bredouille. Et ce, du mardi, premier jour de compétition, au vendredi. « Pour un championnat du monde, on se doit d’avoir un vent régulier partout sur le parcours et d’un minimum de 5 nœuds. On n’en était pas loin, mais on n’a pas pu avoir ces conditions-là les premiers jours », souligne le directeur de course. Heureusement, samedi, dernier jour de compétition, le centre de la dépression s’est légèrement décalé, offrant de superbes conditions qui ont permis la tenue de trois belles manches avec une jolie brise de sud-ouest de 8-12 nœuds. De quoi permettre à ce plateau exceptionnel des confrontations à la hauteur des attentes, comme le relate le directeur de course: « To Nessa, le bateau de Torben Grael, gagne la première manche avec une avance insolente, mais se place dans le milieu de tableau les manches suivantes. Personne n’a réussi à rééditer un podium ou même un top 5. Cela prouve vraiment qu’il y avait un très haut niveau », raconte Thierry Leret. C’est finalement à la régularité que s’impose l’équipage de Découvertes Geomod en open. Les Suisses connaissent bien le plan d’eau de la Principauté pour y avoir remporté la Primo Cup en mars dernier. Ils sont suivis sur le podium par Leonteq, l’équipage du Monégasque Pierrik Devic et Relative Obscurity de Peter S. Duncan. En One Pro, Tim Ryan (Vamos), le Monégasque Ludovico Fassitelli (Junda) et Mon Canellas (Outlier) se retrouvent sur le podium. Du côté du classement Corinthien, notons la belle victoire du Suisse Quarter2eleven (Nick Zeltner), suivi sur le podium de Marnatura (Luis Bugallo) et Team Youth FFV (Timothé Rossi).

L’environnement à l’honneur

Organisé en partenariat avec RAMOGE, l’un des plus anciens accords internationaux au monde en matière de protection maritime qui lie Monaco, l’Italie et la France, ce championnat du monde a également été l’opportunité de présenter aux équipages les actions de la Principauté en matière d’environnement, comme le rappelle Olivier Campana, directeur général adjoint du YCM : « Notre bateau comité fonctionne avec un biogazole depuis quatre ans. Tous les petits zodiacs de l’école de voile, pour ceux qui ne sont pas électriques, sont au bioéthanol. On a trois semi rigides électriques. Les bateaux presse, des Vita yachts, sont aussi électriques. Nos bouées sont à positionnement dynamique pour ne pas abîmer les fonds marins. Nous avons la chance d’avoir un Souverain-Président très impliqué sur la question, ainsi que des équipes proactives. Nous avons également le Monaco Energy Boat Challenge, véritable laboratoire de développement qui permet de mettre en avant des solutions. Notons aussi que, depuis six mois, nous réutilisons l’eau de la piscine, destinée à finir aux égouts, pour rincer les bateaux. »

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