Yacht Class n°43 (Dec-Jan-Fev 2025)

YACHT CLUB DE MONACO

Du 10 au 13 septembre, la Principauté a fièrement accueilli la 17eédition de la Monaco Classic Week – La Belle Classe au cœur de la YCM Marina. Un événement unique au monde célébrant le sport, la passion, le patrimoine et l’art de vivre la mer.

Texte : Anaïs Riu – Photos : Studio Borlenghi / Yacht Club de Monaco. 

Imaginez un spectacle absolument saisissant qui ne se reproduit qu’une fois tous les deux ans : 160 embarcations d’exception, alignées le long des quais du Yacht Club de Monaco (YCM) comme autant de témoins silencieux d’un siècle et demi de génie naval. Vous voici au cœur de la Monaco Classic Week (MCW). Créée en 1994, cette manifestation unique demeure l’une des rares au monde capable de réunir sur un même plan d’eau des voiliers de tradition centenaires, des motor-yachts d’époque aux lignes parfaites, des canots automobiles en acajou patiné et les élégants Dinghies 12′. Trente années d’existence ont façonné un rendez-vous devenu incontournable, où se mélangent avec harmonie la compétition sportive, l’art de vivre méditerranéen et la préservation d’un patrimoine maritime exceptionnel. Cette année encore, la magie opère : 50 Riva rutilants côtoient des géants centenaires comme Madcap (1874) et Partridge (1885). Ponts vernis, chromes étincelants, délégations internationales venues d’Amérique, d’Asie, d’Australie ou encore d’Arabie saoudite… Le glamour, la passion et la tradition naviguent sous le soleil monégasque.

Des centenaires qui défient le temps

Dans la baie de Monaco, Madcap, le plus ancien côtre pilote encore en état de naviguer, se dresse fièrement à côté de ses cadets centenaires. À 151 ans, cette vénérable coque continue de fendre les flots avec la même élégance qu’au temps de la marine à voile. « Ces navires ont des histoires formidables à raconter, et je pense que nous devons continuer à partager cette passion. Le yachting est une partie intégrante de la vie à Monaco, c’est aussi une porte ouverte sur le monde », confie Bernard d’Alessandri, Secrétaire et Directeur Général du Yacht Club de Monaco. Parmi ces témoins de l’histoire navale, Partridge célèbre ses 140 ans avec une prestance particulière. Ce côtre aurique, chef-d’œuvre de l’architecte J. Beavor Webb, incarne à lui seul l’esprit de la Monaco Classic Week. Longtemps oublié, transformé en house-boat et échoué sur les côtes anglaises, il doit sa renaissance à dix-sept années de restauration sans relâche. Aujourd’hui propriété de Jean-Raymond Boulle, membre du Yacht Club de Monaco, Partridge symbolise cette fameuse transmission d’héritage qui fait l’âme de l’événement. Les côtres auriques Kismet (1898) et Viola (1908) complètent ce tableau vivant de l’âge d’or de la voile. Viola accueille d’ailleurs à son bord Marie Tabarly, fille du célèbre navigateur Éric Tabarly, perpétuant ainsi la tradition familiale de navigation. « C’est merveilleux parce que ce sont des objets tellement élégants, tellement esthétiques », s’émerveille Catherine Chabaud, Présidente du Yacht Club de France, élue personnalité de la mer lors de la MCW 2015. « C’est très intéressant car ce rassemblement permet de voir la richesse de cette production entre les deux guerres. Chez les classiques, globalement, on n’est jamais déçu. »

Mariette of 1915, la consécration d’un chef-d’œuvre

Si tous les regards convergent vers un navire, c’est bien vers Mariette of 1915. Cette goélette aurique de 39,78 mètres, œuvre du légendaire Nathanaël G. Herreshoff, a remporté le prestigieux Trophée MCW 2025. Avec ses 807 m² de voilure au près, elle impose le respect par sa prestance et son état de conservation remarquable. Le jury, présidé par Sir Robin Knox-Johnston, a salué bien plus qu’une restauration : un exemple vivant de transmission. « À l’époque où ces yachts ont été construits, ils représentaient le summum de la technologie permettant d’utiliser le vent pour propulser des bateaux », explique le légendaire navigateur. Mariette of 1915 incarne cet esprit : aux côtés de son équipage de marins permanents, des équipiers corinthiens y sont régulièrement embarqués et formés. Cette goélette centenaire démontre qu’un patrimoine maritime ne se contente pas d’être préservé : il doit vivre, naviguer et transmettre son savoir-faire aux générations futures.

Une participation record des Riva

Sur les quais, un autre spectacle attire tous les regards : 50 Riva en acajou, la plus importante concentration jamais réunie en Principauté, transforment le port Hercule en écrin de chromes étincelants et de vernis chatoyants. Parmi eux, le mythique Lipicar IV, l’Aquarama personnel de Carlo Riva, fondateur de la marque, rappelle l’âge d’or du design italien. « Pour nous, cet événement est très important, je dirais même incontournable », évoque Lia Riva, fille de « l’Ingegnere di Sarnico ». Une passion qui se transmet de génération en génération, comme en témoigne la visite du pilote monégasque de Formule 1 Charles Leclerc, fasciné par ces mécaniques d’exception.

L’élégance à l’honneur

Comme à chaque édition, le Concours d’Élégance a transformé la jetée Lucciana en vrai podium flottant. Présidé par Allegra Gucci, le jury a jugé bien plus que la beauté des lignes : « Nous observons les équipages, les capitaines, les propriétaires. Comment ils sont à bord, comment ils sont habillés, comment ils saluent le jury. Puis nous jugeons ce que les Français appellent le « coup de cœur », c’est-à-dire l’émotion que le bateau nous procure », détaille la présidente, propriétaire du célèbre trois mâts Créole. « Il faut regarder ça comme des tableaux. Finalement, c’est l’histoire globale que raconte chaque embarcation. C’est-à-dire l’harmonie entre le bateau, les voiles et l’équipage », précise Catherine Chabaud. Après plusieurs heures de délibération, les résultats ont été dévoilés lors du cocktail de clôture, annonçant la victoire de Mariska (voilier de tradition), Blue Bird (motor-yacht) et Lady Isabelle (canot automobile ancien).

Un seul mot d’ordre : la passion

Cette 17e édition s’achève avec la certitude d’avoir offert bien plus qu’un rassemblement nautique. « Je crois que le plus grand moteur de ce rassemblement, c’est la passion. C’est un des piliers de l’événement. La passion des gens qui viennent, mais aussi celle de ceux qui organisent », souligne Bernard d’Alessandri. Entre les parfums d’embruns, la beauté des bateaux et la convivialité des équipages, chaque participant repart avec le sentiment d’avoir vécu un moment hors du temps, comme le résume parfaitement Michael Fortenbaugh, commodore du Manhattan Yacht Club présent à bord de Mariska : « Il n’y a aucun autre événement au monde qui ressemble à celui-ci, avec son esprit et sa camaraderie extraordinaires. L’atmosphère ici est vraiment exceptionnelle. »

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