Présentation

Yacht Class n°14 (sept-oct-nov 2018)

Sanlorenzo Superyachts


Au dernier Cannes Yachting Festival, parmi les nouveautés, le Sanlorenzo SX88 s’est largement distingué et a capté tous les regards jusqu’aux plus experts. Considéré par Massimo Perotti, PDG de la marque, comme une « little revolution » (euphémisme), il a réellement fait le plein d’innovations.


Texte : Alain Brousse – Photos : D.R


Bien que son profil excite aussitôt la curiosité. On serait tout d’abord tenté d’en faire une unité d’expédition (Explorer) vu ses formes, mais en réalité il a d’autres ambitions. Certains ont même emprunté une terminologie automobile pour le qualifier de SUV (acronyme de sport utility vehicle) ou encore de crossover. Disons qu’à bien des égards il se distingue au travers de solutions originales. On le repère de loin et de près, on n’a qu’une envie, celle de le découvrir sans plus attendre. Avant de fouler son teck, rappelons que le SX88 doit son existence à l’architecte naval Luca Santella, connu pour ses « Bluegame » et aussi à celle que l’on ne présente plus : l’Officina Italiana Design (Sergio Beretta et Mauro Micheli) pour le design extérieur. Quant aux intérieurs, ils ont été confiés à Piero Lissoni, collaborateur adoubé par le PDG de Sanlorenzo en qualité de nouveau responsable du design pour la marque. Nul doute que le SX88 débute sa carrière avec de solides références.


Point d’orgue de la visite : la poupe


Vedette incontestée des Elite Days, début mai dans le cadre du chantier Superyachts de Sanlorenzo à la Spezia, le SX88 ne comptait plus les candidats désireux de couvrir quelques milles à son bord. Nous en fûmes, bien évidemment, avec la ferme intention de connaître tout de cette unité, de la proue à la poupe en passant par son fly, sans oublier sa salle des machines… Irrésistiblement, en embarquant par l’échelle de coupée, la partie arrière du SX88 fait l’effet d’un aimant. On s’y installe aussitôt afin de juger d’un des points forts de cette unité : une immense terrasse, presque au ras de l’eau, complètement ouverte, donc sans tableau arrière. On devine immédiatement l’avantage de ce concept : en l’absence de garage, l’annexe sanglée sur cette plate-forme, dont une partie est hydraulique, ainsi que deux scooters des mers sont mis à l’eau sous l’action d’une grue escamotable « cachée » dans le bordé bâbord de la poupe… (malin, pratique et discret). Les passagers disposent de 30 m2 d’espace pour transformer ce dernier en un beach-club avec transats et tables basses. Au mouillage, le SX88 devrait sans aucun doute faire des jaloux. Surplombant cet espace « loisirs-détente », le cockpit a été aménagé en lounge avec des sofas et des tables basses, mais rien n’empêche d’y aménager une salle à manger extérieure pour huit convives, en partie protégée par le toit du sundeck. De chaque bord de ce yacht, un passavant suffisamment large et « sécurisé », recouvert de teck aux joints gris (classe !), mène à l’avant où a été conçu un salon doté d’une banquette en U et d’une table en teck aux dimensions suffisantes pour organiser des repas pour six convives. Le pied de celle-ci étant télescopique, on peut donc la baisser pour convertir ce salon en solarium mais il existe en standard des matelas bain de soleil installés sur le rouf. Et puisque ce SX88 dispose d’un sunbridge, ne nous privons pas d’aller le découvrir d’autant que l’unique timonerie occupe sa partie avant tribord. Le seul accès se situe dans l’espace intérieur, entre le salon et la salle à manger, via un escalier à la fois esthétique et discret. Parvenus sur le pont supérieur, on note que ce dernier est recouvert aux trois quarts par un hard-top en composite carbone. Mais heureusement, il s’ouvre sur une grande partie grâce à un système d’ailettes réglables. Les amateurs de bronzage s’installeront sur les transats (de la place pour trois) disposés à l’arrière de cette terrasse. Celle-ci accueille également une table et six chaises, de quoi se restaurer avec une vue mer remarquable. Et sur chaque bord de l’espace protégé nous remarquons un meuble bas, soit des rangements qui auront très vite leur utilité. Enfin les vitres latérales se baissent ou se relèvent tout à loisir.
 
Très agréable à piloter


Le poste de commande domine depuis le fly avec une banquette biplace qui s’accorde parfaitement avec le style général. Le tableau de bord montre une certaine sobriété ce qui ne veut pas dire que sa finition a été négligée, au contraire. Les trois écrans inclinés pour une vue immédiate apportent toutes les informations nécessaires, y compris le positionnement dynamique GPS, assez pratique lors d’un mouillage très temporaire ou d’une attente de place de port sans avoir à mouiller l’ancre (une option). La carène du SX88 a été étudiée pour une propulsion diesel avec transmission de type pods, en l’occurrence des IPS1050, au total trois moteurs de 800 chevaux chacun. L’épreuve de manœuvrabilité se déroule donc avec une précision qui continue de nous étonner… en bien ! A l’aide du joystick, le barreur quitte le site naval de la Spezia et, passé la digue de protection de la baie, il reprend les leviers classiques afin de solliciter toute la puissance des trois Volvo Penta. Annoncé pour 23 nœuds, le SX88 culminera à 22,5 nœuds, pas de quoi s’alarmer d’autant que le milieu marin de la Spezia est réputé pour ses micros algues et ses micros coquillages qui n’hésitent pas à squatter très vite les carènes des bateaux. En croisière économique, selon nous, l’allure la plus adaptée serait de 16 nœuds à 2 000 tr/min ce qui équivaut exactement à une autonomie de 480 milles. On remarque, comme à chaque fois lors des tests d’IPS, que la courbe de consommation est relativement plate dans la dernière tranche des régimes moteur. Autre constatation, le niveau sonore est plus que supportable où que l’on se trouve sur le yacht. Quant à la carène, sur une Méditerranée à peine éveillée (clapot insignifiant), elle demeure imperturbable. On ne s’attendait pas à moins.
 
Des intérieurs minimalistes mais luxueux


En préambule de cet essai, l’équipe de communication de Sanlorenzo nous avait quelque peu affranchis sur le caractère très innovant de ce modèle pour ne pas dire carrément original. Pénétrons donc dans l’antre de Piero Lissoni en commençant par le pont principal. Surprenant, là où de coutume on découvre un salon avec sofas, meubles bas et TV, rien de tout cela, on entre dans un espace qui regroupe à bâbord une table ronde et ses chaises (la salle à manger) et à tribord apparaît un immense « piano » (terme de mobilier de cuisine) en alu brossé de Boffi. On saisit aussitôt la scène : tandis que le chef concocte des mets raffinés, vous conversez à quelques mètres des fourneaux, une cohabitation qui ne sera pas du goût de tous. Autre solution : pendant la préparation de vos plats préférés, vous rejoignez la partie avant du pont principal et son salon très convivial. Une précision très importante : les aménagements de ce pont ont bien été évidemment décidés avec l’armateur et Piero Lissoni. Les souhaits du propriétaire sont des ordres. C’est de toute évidence du « custom ».  En tous les cas, la version que nous avons testée, qualifiée de « loft » par ses géniteurs, présentait un gros avantage : le vitrage latéral de la « cuisine-salle à manger » apportant beaucoup de luminosité et la vue mer tant recherchée. Sur ce modèle la zone dite de couchage se trouve sur le pont inférieur avec, en son centre, celle dédiée à l’armateur et dont la salle de bains a été installée sur tribord. De belle facture, elle se laisse admirer au travers de la cloison vitrée la séparant de la cabine. Ceux pour qui le spectacle des ablutions n’est pas souhaitable, choisiront du verre à opacité commandée. La cabine VIP se trouve tout à l’avant, et le SX88 offre également deux twins avec chacune une salle de bains.A priori, depuis sa présentation au Cannes Yachting Festival 2017 et aux salons de Düsseldorf et de Miami cette année, le SX88 aurait déjà conquis une dizaine d’armateurs. Fort de ce succès, Massimo Perotti a évoqué la venue prochaine du SX76 dont on peut se douter qu’il aura été conçu dans le même état d’esprit.

Fiche technique

Longueur hors-tout
26,70 m
Largeur
7,20 m
Tirant d'eau
1,70 m
Capacité carburant
8 500 l
Eau
2 050 l
Matériau
polyester et composite carbone
Motorisation
3 x Volvo Penta IPS1050 diesel
Puissance
3 x 800 ch
Vitesse maxi
22,5 nds
Autonomie à
16 nds : 480 milles
Prix
standard : 5 200 000 e H.T
Architecte naval
Luca Santella
Designer extérieur
Officina Italiana Design
Designer intérieur
Piero Lissoni
Constructeur
Sanlorenzo Superyachts (La Spezia)
Importateur
Sanlorenzo France (Golfe Juan) et Sanlorenzo Yacht Monaco (Monaco)

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