Présentation

Yacht Class n°16 (mars-avril-mai 2019)

Privilège Marine


Avec le Série 7, le chantier vendéen Privilège Marine, désormais dans le groupe Hanse, s’inscrit dans le club fermé des constructeurs de catamarans de luxe pour adeptes de navigations hauturières avec, en fil rouge, la performance. Grâce à l’expertise de l’architecte Marc Lombard, jusqu’au design intérieur signé Franck Darnet, tout paraît juste et bien pensé.


Texte : Christophe Varène – Photos : Jim Scheiner, Choose your Boat


Devant un être d’exception, les Hindous ont l’habitude de s’incliner et de le saluer avec un mot simple, mais chargé de respect et de spiritualité : « Namaste ! ». Dans le port des Sables d’Olonne, devant le chantier Privilège Marine, un superbe catamaran aux dimensions impressionnantes trône en majesté et son nom s’étale sur son tableau arrière : « Namaste ». Oui, on ne peut que saluer ce Série 7, bateau amiral de la flotte Privilège. Ses lignes sont racées, là ou d’autres sont plus massives, et le gris profond de ses coques, affinées par les longs hublots horizontaux, tranche avec le blanc des superstructures profilées. Le savoir-faire et l’expérience du cabinet d’architectes de Marc Lombard s’expriment parfaitement dans cette unité dont on se dit qu’elle a sublimé les atouts du Privilège 745, modèle emblématique de la marque, lancé en 2006, et construit en huit exemplaires. Rien de révolutionnaire, mais de subtiles petites touches pour améliorer ce qui pouvait l’être et en particulier, au niveau du design extérieur, une surface vitrée plus importante sur le rostre et des jupes un peu plus longues qui augmentent la portance et facilitent l’accès à bord.

Coup de foudre !


Il est d’ailleurs plus que temps d’embarquer sur le Série 7 qui connaît ce jour-là une sorte de renaissance. Livré en 2017, Namaste n’est donc pas un bateau neuf, mais cette sortie à la mi-octobre sonne comme un nouveau départ. Après son lancement, le propriétaire américain – signe que les yachtmen outre-Atlantique apprécient la qualité du travail effectué par les chantiers français – convoie son catamaran flambant neuf jusqu’aux Bermudes pour assister et servir de bateau VIP à l’America’s Cup qui voit, en 2018, la Coupe repartir pour la Nouvelle-Zélande… Mais peu de temps après, le voilier est frappé par la foudre et a subi d’importants dégâts. Qui mieux que Privilège peut s’occuper de votre Privilège ? Il rentre donc en France pour un important chantier de restauration. Si tout est remis en état selon les plans et la configuration d’origine, les modifications principales concernent l’installation de deux générateurs plus puissants et couplés (leurs pourcentages de charge sont gérés par ordinateur qui bascule sur l’un ou les deux selon les besoins et les capacités), et le ballastage des réservoirs de carburant et d’eau pour équilibrer les poids. Après plusieurs mois de travail, l’émotion à bord est donc réelle en empruntant le canal de sortie des Sables d’Olonne, là où Jean-Luc Van Den Heede et son dauphin Mark Slats viennent de recevoir un formidable accueil après avoir bouclé la Golden Globe Race. En effet, pour l’occasion, plusieurs employés du chantier ont embarqué, sous les ordres de Christian, convoyeur professionnel, qui connaît très bien Namaste, et surtout le chantier.
 

Un essai par petit temps


S’il existe toujours une petite houle résiduelle dans le fond du Golfe de Gascogne, le vent est plutôt aux abonnés absents pour cette sortie. Qu’importe, la grand-voile est hissée dès que possible. Pour cette manœuvre, l’un des deux winches électriques Antal XT 70 est sollicité pour la drisse, et la voile, bien pliée sur la large bôme, déploie ses 160 m2, avant de dérouler les 104 m2 du génois. A 60° du vent qui souffle à 7,2 nœuds en apparent, le Série 7 démontre ses capacités de glisse et s’approche des 5 nœuds de vitesse, un résultat honorable compte-tenu des 44 tonnes de déplacement. Lors d’un convoyage, sous deux ris et trinquette, par 25 nœuds de vent, le bateau s’est offert plusieurs pointes à 20 nœuds !
Mais dans les conditions rencontrées pour cet essai, difficile de parler de réelles sensations de barre, ce qui est rarement le cas avec les catamarans. Le poste de pilotage, installé au centre, offre une excellente visibilité à 360° sur la mer, mais aussi sur les voiles avec les belles fenêtres du bimini. Une instrumentation, très généreuse en écrans, cadrans et manettes de toutes sortes, permet de contrôler toutes les données du bateau et l’on verra que cette gestion, hors la barre à roue, peut aussi s’effectuer depuis le carré. Le ciel se révélant désespérément bleu et sans nuage, c’est au moteur que s’effectue le retour. Avec 2 x 200 ch diesel, la vitesse de croisière se situe autour de 7,5 nœuds et s’il est possible d’accélérer jusqu’à 11 nœuds, cette allure sera à utiliser avec modération, la consommation grimpant alors à 40 l/h par moteur : avec 3 000 l de carburant dans les réservoirs, cela autorise une autonomie d’environ 400 milles, mais on peut facilement augmenter ce rayon d’action.

Un constat indéniable, la qualité


Avant de s’intéresser aux aménagements intérieurs de ce Privilège Série 7, un tour sur le pont permet d’apprécier la facilité de déplacement, même si les hublots flush ont été remplacés lors du refit. Le rostre à l’avant, entre les deux coques, s’avère plus sûr et plus pratique qu’un simple trampoline lors des manœuvres de voile ou de mouillage. En repassant vers l’arrière, le pont latté se fait apprécier tant pour son aspect que pour sa douceur et l’on constate la qualité de fabrication en jetant un coup d’œil sur la série de volées de marches qui descendent depuis le passavant : quatre marches donnent accès au cockpit, deux autres arrivent sur la plate-forme hydraulique qui supporte une superbe annexe hydrojet Carbon Craft, et enfin quatre degrés supplémentaires conduisent à la plage de bain. Un bel escalier en colimaçon grimpe vers le flybridge où l’on découvre un espace dédié à la convivialité avec salon, cuisine extérieure et un superbe… jacuzzi. Histoire de déguster un cocktail maison au soleil couchant depuis sa terrasse avec vue sur mer, délicatement massé par les jets à bulles. Une certaine image du bonheur…
En bas, le cockpit est lui totalement protégé par la longue casquette du flybridge. Les banquettes y trônent à profusion, avec table et meuble bas vernis, et le plancher dissimule bien des volumes de rangement. Une large baie à double battant conduit au carré et tout de suite la douce structure en courbes légères crée une atmosphère accueillante et cosy. Sur tribord, la large table à cartes ressemble à s’y méprendre à un écran d’Airbus, alors que sur bâbord un long comptoir revêtu de noir permet de recevoir les invités à la perfection. Au fond, de confortables banquettes entourent une table qui, en position basse, devient un « lit de jour ». Dans l’ensemble, le design, que l’on doit à l’agence de Franck Darnet, se distingue par des lignes sobres et d’élégants contrastes entre chêne blanchi satiné et plans de travail en Hi-Macs noir, un mélange d’acrylique, de minéraux et de pigments naturels, le tout noyé de lumière par de nombreux hublots.

Honneur à la master !


En s’engageant dans la coque tribord, on découvre, sur l’arrière, une grande cabine invités avec un lit central : les ouvertures au pont, sur le tableau arrière et dans la coque, diffusent une agréable clarté. En empruntant la coursive vers l’avant, où se trouvent lave-linge, sèche-linge et tableau électrique, on traverse la grande cuisine, elle aussi bénéficiant d’un bel éclairage naturel, pour arriver au poste d’équipage comportant deux cabines, deux salles d’eau et un petit salon. En passant ensuite sur l’autre bord, les aménagements semblent identiques vers l’arrière, mais la partie centrale offre une troisième cabine invités avec deux lits simples. Enfin, il est temps de diriger ses pas vers la suite armateur et cette attente se révèle loin d’être décevante. Installée dans le rostre, donc en partie centrale vers l’avant, et la partie avant de la coque bâbord, elle est superbe. Luxe, calme et volupté : il ne faut pas chercher longtemps pour ressentir cette atmosphère avec, en particulier, le lit king-size qui s’étale en majesté au centre de la pièce avec huit hublots positionnés au-dessus. Ou comment dormir à la belle étoile bien installé et protégé. Si tout semblait parfait sur ce Privilège Série 7, la découverte de ce lieu hors du temps conclut la visite en apothéose. Difficile de s’en extraire, sauf à larguer les amarres.

Fiche technique

Longueur hors-tout
24,83 m
Largeur
10,90 m
Tirant d'eau
2,45 m
Motorisation
2 x 200 ch diesel
Capacité carburant
2 000 l
Eau
1 300 l
Matériau
sandwich PVC en infusion
Surface de grand-voile
160 m2
Surface de génois
104 m2
Architecte naval
Cabinet Marc Lombard
Designer extérieur
Cabinet Marc Lombard
Designer intérieur
Franck Darnet Design
Constructeur
Privilège Marine (Les Sables d’Olonne)

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