Présentation

Yacht Class n°16 (mars-avril-mai 2019)

Pearl Yachts Ltd


Bel exercice de style que le nouveau vaisseau amiral du chantier anglais ! Son plan de pont témoigne d’une réelle maîtrise des espaces, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, permettant de jouir d’un maximum de confort tout en conservant une fonctionnalité appréciable.
Luxe, douceur de vivre et sens marin cohabitent harmonieusement à bord de ce 95 pieds.


Texte : Philippe Leblond – Photos : DR


A l’image de celle de ses concurrents britanniques – les récentes productions de Sunseeker (95 Yacht) ou Princess (Y85) – les lignes du Pearl 95 expriment un certain dynamisme. Elles sont aussi un prolongement esthétique cohérent des deux précédentes créations, les Pearl 65 et 80 pieds. L’effet de gamme est ainsi instauré, au travers d’une collaboration suivie avec les studios d’architecture et de design de Bill Dixon (carène et superstructures) et Kelly Hoppen (intérieur). On retrouve, d’un modèle à l’autre, une parenté de style dont émane une identité forte. Avec 15 pieds de plus que l’opus précédent, le Pearl 95 atteste de la montée en puissance du chantier de Warwick (Angleterre) qui entend se positionner dans l’univers de la grande plaisance. Bien que construits à Xiamen, en Chine, les yachts Pearl sont rapatriés au sein du chantier anglais pour le travail de finition, concernant le mobilier, les parquets et les revêtements divers (à l’exception du marbre). Toutefois, « l’œil » anglais n’est jamais bien loin du gros œuvre délocalisé à l’Empire du Milieu : « En Chine, nous déléguons deux responsables de la construction qui se relayent tous les 15 jours, afin de contrôler la qualité du travail effectué » souligne Iain Smallridge, responsable du management chez Pearl Yachts Ltd. Et, il n’y a pas à dire, ce 95 pieds que nous sommes allés essayer à Palma de Majorque, séduit dès le premier regard. La qualité perçue est digne des meilleures réalisations, et l’exploitation des volumes optimisée. Dès l’embarquement, la sensation de luxe et d’espace s’impose à vous, que ce soit à l’extérieur, dans le cockpit, sur le fly, sur le pont avant, ou à l’intérieur, avec la perspective offerte par la grande réception ou la spacieuse cabine armateur, positionnée en avant de celle-ci sur le pont principal.


Quatre ou cinq cabines passagers ?


Ce type d’architecture est devenu assez courant à l’orée de 100 pieds. Soit, une cabine armateur située sur le pont principal, en prolongement de l’espace réception, à l’avant des superstructures, et une timonerie de type « semi-raised pilothouse » située sur un demi-niveau entre la master et le flybridge. Les cabines invités sont, comme attendu, toutes logées dans la coque, au pont inférieur, et offrent une hauteur sous barrots (Hsb) de 2,01 m (salles d’eau : 2,00 m). Commençons notre visite par le bas, terme qui n’a ici rien de péjoratif, au vu du confort alloué aux « guests », soit une grande cabine « VIP » et deux twins, chacune étant éclairée par de larges vitrages de coques et pourvue d’une salle d’eau privative, luxueusement habillée de marbre blanc. La cabine VIP est bien sûr traitée « pleine largeur », son grand lit étant adossé à la cloison qui sépare le dressing des sanitaires. En avant des cabines invités, c’est le domaine de l’équipage, comprenant un carré en L avec TV, en regard de la cabine du capitaine et de sa salle d’eau personnelle, les deux autres cabines avec lits superposés se partageant un cabinet de toilette. Le confort des huit passagers du Pearl 95 peut donc être assuré par six membres d’équipage ! Mais, Pearl Yachts propose les d’aménagements plus « charter », avec en lieu et place de la cabine VIP, deux cabines d’invités à lit double intégrant chacune une salle d’eau. Un niveau plus haut se trouve le living-room avec son salon et sa salle à manger en open space. L’endroit est on ne peut plus lumineux avec de grandes baies vitrées dont deux (une sur chaque bord) s’ouvrent en grand, électriquement. Le chantier n’a pas fait les choses à moitié puisque ces doubles portes fenêtres grimpent de quelques centimètres avant de s’ouvrir, leur base étant encaissée dans le pont pour assurer une parfaite étanchéité au cas où, par mer forte, des paquets de mers balayeraient les coursives. Celle qui mène à la suite de l’armateur, est bien sèche et propose des WC de jour, un grand dressing, une belle coiffeuse et des meubles de rangement. Mais, ce qui fait l’originalité de cette cabine (Hsb :1,98 m, lit de 195 x 185 cm), où le lit est adossé à la salle de bain (Hsb : 2,02 m) avec douche et baignoire, est la grande baie vitrée frontale qui donne sur le pont avant. Pour la décoration, Kelly Hoppen propose trois ambiances, au choix. Celle de ce premier Pearl 95 fait appel à une profusion de bois sombre verni, de laque blanche pour les plafonds, de marbre blanc pour les salles de bain, et d’acier inox poli pour les huisseries. Il en ressort une impression de luxe omniprésent, mais qui pourra sembler un peu trop brillant aux yeux de certains.

Farniente sur le pont ? L’embarras du choix !


Cinq marches plus haut, on accède à la timonerie. Le poste de barre, en position centrale, bénéficie d’une grande centrale de navigation Applied Marine, façon « glass bridge ». Assis dans le fauteuil en cuir, le pilote ne jouit pas d’une bonne visibilité vers l’arrière, debout c’est mieux… Le grand pare-brise incliné et cloisonné est spectaculaire, mais là encore, la visibilité n’est pas optimale. Encore cinq marches et l’on débouche sur le flybridge dont le toit bâché à réglage électrique peut, au choix, laisser passer le soleil ou abriter aux heures chaudes les convives attablés au salon de pont ou accoudés au bar à déguster les grillades du barbecue. A moins qu’ils ne préfèrent se prélasser dans le jacuzzi ou sur les transats, desquels la vue plongeante sur la mer ne se refuse pas. Ou bien, que la quiétude du salon de cockpit soit le meilleur choix, avec son accès direct à la baignade à partir de l’immense plage arrière immergeable, prolongée par deux plates-formes se déployant des flancs arrière du bateau au ras des flots, tandis que l’on sirote un cocktail servi au bar du beach-club… Encore que le grand salon de pont avant, « sculpté » dans la superstructure, et équipé d’un bimini, n’est pas dénué de charme pour les passagers désirant humer l’air du large, en navigation…

Simon, le capitaine, secondé par sa femme Kursty, a sonné le réveil des gros diesels MTU. Dans la marina, au ralenti, les gros V16 sont tout juste audibles, témoignant de la bonne insonorisation de la cale moteurs. Nos mesures de sons au régime de 2 000 tr/min, à 18 nœuds, vont confirmer cette impression avec 63 décibels dans la timonerie, 70 dans le salon et 64 dans la cabine principale. A distance suffisante de la jetée, nous poussons les leviers de gaz. Les deux grosses hélices animées par les 32 cylindres MTU brassent énergiquement les flots, mais il faut tout de même 45 secondes pour voir 20 nœuds s’afficher sur l’écran de la centrale de navigation Raymarine/Garmin du flybridge. A ce chrono modeste, il faut peut-être chercher du côté des transmissions V-drive (CGR), dont le renvoi d’angle supplémentaire absorbe une certaine puissance. Seul bémol lors de notre essai, les quelques vibrations que nous avons ressenties au niveau de la casquette du flybridge, au régime de croisière à ­2 000 tr/min… Un choix d’hélices à parfaire, selon le capitaine.


Un navire facile à manœuvrer


Pour le reste, nous n’avons constaté que du positif, à commencer par le confort en navigation. Certes, la mer était bien calme (clapot de 50 cm et vent de force 3), mais nous avons effectué plusieurs passages sur notre propre sillage (environ 1 m), en l’attaquant sous des angles différents, sans ressentir le moindre impact significatif. La carène opère en souplesse, et la barre se montre à la fois précise et réactive aux changements de cap ou dans les virages, quel que soit le rayon de braquage. Au régime maxi de 2 430 tr/min, notre vitesse s’établit à 26 nœuds, avec les réservoirs pleins et 12 personnes à bord, un résultat proche des prévisions du chantier (28 nœuds). On pourra encore gagner deux nœuds, en optant pour la motorisation maxi soit deux MTU de 2 600 ch. Par contre, cette augmentation de puissance risque de se faire au détriment de l’autonomie qui, selon nos calculs avec une marge de 10% de sécurité, atteint 258 milles à 22,5 nœuds… A l’opposé, il est possible de se contenter d’une puissance inférieure puisque le chantier propose, en standard, une paire de Caterpillar C12 de 1 925 ch. Autre motif de satisfaction, la capacité du bateau à éviter sur place rapidement, sur les inverseurs, sans même recourir aux propulseurs de proue et de poupe qui permettent d’augmenter encore la vitesse de rotation. Important pour les manœuvres de port, lorsque le trafic ou le vent obligent à manœuvrer sans délai…

Le chantier du Warwickshire espère produire deux 95 pieds cette année, et trois l’année suivante. Un objectif qui semble tout à fait réalisable car ce yacht détient de sérieux atouts pour séduire, les armateurs particuliers comme les compagnies de charter.

Fiche technique

Longueur hors-tout
29,20 m
Largeur
6,70 m
Tirant d'eau
2,00 m
Capacité carburant
10 000 l
Eau
1 600 l
Matériau
polyester Vinylester et Epoxy bi-axial et multi-axial renforcé
Déplacement
à mi-charge : 95 t
Motorisation
2 x MTU 16V M96 diesel
Puissance
2 x 2 400 ch
Vitesse maxi
26 nds
Autonomie à
22,5 nds : 258 milles
Architecte naval
Dixon Yacht Design
Designer extérieur
Dixon Yacht Design
Designer intérieur
Kelly Hoppen
Constructeur
Pearl Yachts Ltd (Warwick - Angleterre)
Importateur
Berthon France (Mandelieu-la-Napoule)

Le magazine actuel